Sauvez la Tridaine !!! Sauvez La Trappiste Rochefort !!!

En Belgique, les trappistes de Rochefort s’opposent à un géant de la chaux, le groupe Lhoist..

A mi-chemin entre Bruxelles et Luxembourg, il faut quitter l’autoroute, traverser champs et forêts de sapins, longer un domaine royal pour arriver à Rochefort, là où commencent les Ardennes belges. Depuis quelques mois, la tranquillité des 12 000 habitants de cette petite ville est troublée par un conflit opposant deux importants acteurs économiques de la région. Pour le bourgmestre - maire - François Bellot, « c’est un choc des géants dans leur secteur respectif. Ce dossier n’est pas simple. Il divise même certaines familles ».

Les protagonistes sont, d’un côté, les moines trappistes de l’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy qui brasse une bière du patrimoine belge et, de l’autre, l'entreprise Lhoist, productrice de chaux, l'un des leaders mondiaux dans ce domaine.

Dégustée à travers tout le pays et au-delà de ses frontières, la Trappiste de Rochefort est brassée dans l’abbaye depuis 1953. Les moines la fabriquent à partir de l’eau de la source Tridaine, qui s’écoule naturellement vers l’abbaye. Elle a été découverte deux siècles plus tôt alors que les trappistes creusaient une galerie de mine de plomb. C'est cette eau de source, utilisée sans aucun traitement par les moines, qui donne un goût si particulier à leur bière. Le reste du flux alimente les étangs de l’abbaye, la rivière ainsi que la distribution d’eau courante de 7 000 habitants, plus de la moitié de la population de Rochefort.

Pendant des dizaines d’années, les moines et la famille Lhoist ont cohabité sans problème. En 1984, ils signent une convention fixant la profondeur jusqu’à laquelle Lhoist pourra creuser, soit 220 mètres au dessus du niveau de la mer. Or, les extracteurs de l'entreprise se sont rapprochés de cette limite au fur et à mesure que les ressources en pierres de la carrière se sont amenuisées. Au rythme actuel, ils atteindront la limite en 2023. Dès 2006, Lhoist a tenté de vérifier, sans autorisation, la possibilité de creuser plus profondément en procédant à un forage préliminaire, ce qui a asséché la source… Pendant quatre heures, l’abbaye a été privée d'eau. Lhoist a tout de suite stoppé l’opération et tout est rentré dans l’ordre.

Suite à cet incident, une nouvelle convention a été signée en 2008 entre la ville, l’abbaye et l’entreprise. Elle prévoit la réalisation d'une étude pour savoir s’il est possible de creuser plus profondément dans la nappe aquifère sans porter atteinte à l'alimentation en eau de l’abbaye et de la ville. L'exploitation plus en profondeur tarirait la source Tridaine. Lhoist propose donc un dispositif qui pomperait l’eau artificiellement jusqu'à l'abbaye et à la ville, même en cas de sécheresse. En 2011, par manque de pluies, l’eau qui s’écoulait de Tridaine n’était plus suffisante pour abreuver tout ce petit monde.

Menaces sur la source

A quelques kilomètres en amont de la galerie de mine, une carrière de calcaire, la Boverie, est exploitée, elle aussi depuis la seconde moitié du XXe siècle. La famille Lhoist tire profit de ce gisement de pierre pour en faire de la chaux. Cette entreprise 100 % belge emploie plus d’une centaine de personnes sur le site, sans compter les emplois indirects liés au traitement de la pierre dans d’autres villes wallonnes. Acteur économique très important de la région, elle est l'un des leaders mondiaux de son secteur.


Veto sur le pompage artificiel


Pour vérifier la théorie de Lhoist sur le pompage artificiel, il faut procéder à des tests. Là est le nœud du conflit actuel. Lhoist et la ville sont d’accord pour procéder aux essais. Mais l’abbaye a opposé son veto, ce qui a rendu la convention caduque.
Le refus de l'abbaye n'a pas empêché l’entreprise Lhoist de demander des permis d’urbanisme et d’environnement à la région wallonne pour effectuer les tests de pompage. Ils ont d'abord été accordés à l'automne 2013, puis le permis environnemental a été suspendu, un recours ayant été déposé par les moines trappistes et un comité Source Tridaine, formé par des associations et des citoyens de la région. Ce recours était assorti d'une pétition signée par 7 600 personnes.

Pour le Frère Jean-Paul Wilkin, l'eau qui s'écoule de manière naturelle vers l'abbaye est une grande richesse qu'il ne faut pas détruire.
Le géant carrier a riposté. Le 3 avril, il a lui-même introduit un recours devant le Conseil d'Etat belge, estimant que la décision du ministre Henry, chargé de l'environnement et de l'aménagement du territoire, n'était pas fondée. L'entreprise avance, d'une part, que la crainte des moines concernant la qualité de l'eau n'est pas justifiée, et d'autre part, que les tests sont l'une des étapes de l'étude commencée en 2008. « On ne comprend pas la décision du pouvoir politique. On ne demande qu’un test », argue Jean Chaboteaux, géologue chez Lhoist. Geoffroy Fievet, le directeur de l'entreprise, ajoute : « Nous sommes persuadés que notre projet peut permettre à la pierre et à la bière de coexister en parfaite harmonie, comme c'est le cas depuis plus de 50 ans, et qu'il garantira aux citoyens de Rochefort un meilleur approvisionnement en eau.»

Frère Jean-Paul Wilkin, représentant des trappistes dans ce dossier, contre-attaque avec d'autres arguments : « On peut reconstituer jusqu’à un certain point seulement la chimie d’une eau de source mais pas complètement. Et à une époque où l’eau devient de plus en plus précieuse, nous constatons qu’ici, nous avons un système naturel et gravitaire d’une grande richesse, qu’on veut détruire pour allonger la période d'exploitation de la carrière d'une vingtaine d'années, jusqu'en 2045. C’est une aberration monumentale! » Le moine ne croit pas à la promesse de l'entreprise Lhoist de se charger de la distribution d’eau. « Ils prétendent que l’on continuera d’avoir de l’eau de bonne qualité et gratuite grâce à leur système de pompage qu’ils entretiendront pendant 100 ans. Mais comment peut-on croire à une garantie d’un siècle alors que dans 30 ans, ils ne seront plus là ? », interroge-t-il.

Deux sons de cloche résonnent dans la ville de Rochefort.

Des emplois dans la bière et dans la pierre

La fermeture de la carrière de la Boverie engendrerait une perte de 468 emplois directs et indirects dans la région à partir de 2023. « Les syndicats sont inquiets mais on leur a confirmé qu’on était derrière eux », déclare Geoffroy Fievet, directeur de Lhoist Industrie. Mais pour Christophe De Doncker, porte-parole de l'abbaye, la longévité des emplois l’emporte sur le nombre: « Nous, nous pourrons procurer indéfiniment 200 emplois autour du projet brassicole. Eux, ils ne garderont leurs 468 emplois que pendant 20 ans. »


Selon Geoffroy Fievet, il n’est pas question de choisir, il est possible de garder la bière et la pierre.Dans son rapport, le ministre Henry envisage une éventuelle solution. Il suggère que le puits de Neuville, un captage situé dans la cour du monastère, fasse « l’objet d’un complément d’étude.» Son eau présente les qualités nécessaires à la fabrication de la Trappiste mais il faut être certain qu'il n'existe pas de lien entre la source Tridaine et ce puits.A l'heure actuelle, les différentes parties attendent la décision du Conseil d'Etat qui doit statuer sur le dernier recours, déposé par Lhoist. Elle ne devrait pas être prise avant plusieurs mois. Le conflit continuera donc à faire couler beaucoup d’encre… et, quelle qu’en soit l’issue, de l'eau et de la bière.

(Source de l'article: Marie-Laure Mathot (Monde Académie))

Présentation des faits sur la "Télé Belge"




 



Pétition : Sauvez la source de Tridaine et la Trappiste de Rochefort !

Sauvez la source de Tridaine et la Trappiste de Rochefort !

Sauvez la Tridaine


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